
Vers la fusion inévitable des fabriques d'église
La fusion des fabriques d'église s'impose progressivement comme une évolution incontournable. Loin de signifier la disparition des églises, elle vise avant tout à moderniser et à rationaliser la gestion du patrimoine, en l'adaptant aux réalités d'aujourd'hui. Tout l'enjeu sera de réussir cette transition sans sacrifier l'identité de nos paroisses, la richesse du patrimoine religieux, l'histoire de nos clochers et, surtout, la dimension sociale et spirituelle des lieux de culte.
Créées par le décret impérial du 30 décembre 1809, sous le règne de l'empereur Napoléon, les fabriques d'église ont pour mission d'assurer la gestion matérielle et financière des lieux de culte catholiques. Plus de deux siècles plus tard, leur organisation repose toujours largement sur ce modèle hérité du XIXe siècle, qui démontre chaque jour un peu plus ses limites et appelle désormais une évolution.
Ce constat est largement partagé, tant par les intervenants sur le plateau de l'émission Place publique de notélé que par le public, qui s'est prononcé à 78 % en faveur de la fusion des fabriques d'église lors du vote organisé pendant l'émission.Dans le diocèse de Tournai, près de 550 fabriques d'église doivent faire face à une diminution du nombre de bénévoles, au vieillissement des administrateurs et à des obligations comptables et administratives toujours plus complexes.
Étienne Van Quickelberghe, responsable du SAGEP, le Service d'accompagnement et de gestion des paroisses, défend ainsi la mutualisation des moyens et la professionnalisation de certaines tâches. Il souligne les difficultés croissantes rencontrées pour trouver des trésoriers et renouveler les équipes bénévoles.
Pour Olivier Fröhlich, vicaire général du diocèse de Tournai, la réorganisation des structures est également devenue nécessaire face à l'évolution de la pratique religieuse. L'objectif reste toutefois de rationaliser la gestion, sans pour autant condamner les lieux de culte. Si la méthode pour parvenir à ces objectifs n'a pas été clairement définie durant le débat, les responsables religieux et laïcs du diocèse évoquent, en aparté, la possibilité d'envisager ces fusions à l'échelle des unités pastorales dans un premier temps, malgré certaines réticences.
Sur le terrain, des communes ont déjà pris les devants. Chez nos voisins du Val d'Escaut, à Estaimpuis, le bourgmestre Frédéric Di Lorenzo a ainsi annoncé la préparation d'une fusion volontaire des sept fabriques d'église de son entité. Une démarche qui vise à simplifier le fonctionnement administratif et à mutualiser les ressources, dans un contexte où les investissements communaux dans la rénovation des édifices religieux se montent à plus de quatre millions d'euros.
Enfin, la réforme dépasse désormais le cadre des initiatives locales. Le député Loris Resinelli a confirmé que la Région wallonne travaillait à une évolution institutionnelle du système avant la fin de la législature, à l'horizon 2029. La volonté du Gouvernement wallon est en effet de moderniser une organisation héritée de l'époque napoléonienne, en tenant compte des réalités actuelles des communes, des paroisses et des représentants des cultes.
Qu'on le veuille ou non, la réforme des fabriques d'église apparaît ainsi comme la seule réponse aux profondes mutations que connaissent les paroisses regroupées au sein des unités pastorales et les communes. Reste désormais à définir les contours et les échéances de cette nouvelle organisation, afin de concilier une gestion plus efficace des ressources avec la préservation du patrimoine religieux et le maintien des lieux de culte dans la vie locale.


